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   Retour du Vainqueur des Templiers
19/12/2012

Les Templiers, c’était le pied !!!

Mi-Décembre déjà, il serait temps que je me pose et vous raconte un peu mon aventure des Templiers 2012. De nombreuses semaines se sont écoulées et j’ai encore du mal à réaliser que j’ai gagné peut-être la course qui me semblait la plus inaccessible au regard de la concurrence et de mon âge… qui augmente ! Certains coureurs peuvent se dire à juste titre qu’ils ont du temps, que ça viendra avec les progrès réalisés, l’expérience, la maturité athlétique, que l’an prochain la Grande Course des Templiers sera encore organisée et qu’ils seront au départ pour tenter de la gagner. Dans un moment décisif de la course je me suis dit « tu n’auras sans doute plus jamais l’occasion de LA GAGNER, tu ne dois pas laisser filer l’opportunité, tu dois gagner les Templiers aujourd’hui ». Ce 28 Octobre 2012 j’étais serein sur la ligne de départ, rompu, pour la 3ème fois, au cérémonial des Templiers. Le vent que Gilles Bertrand nous invitait à écouter sur les causses nous l’entendions déjà bien et il nous glaçait les os… Je n’avais pas de pression, juste une belle course à réaliser, donner le maximum, prendre du plaisir et des risques, honorer ma première place au TTN face aux meilleurs français et étrangers qui se déplaçaient pour performer, c’était mon leitmotiv.

Mes ambitions ? Quand la question m’a été posée pour les Templiers,  j’ai répondu comme souvent, le maximum, ne pas être déçu, tout donner pour accrocher si possible un podium, je ne m’étais pas préparé à gagner avant le départ ! Une course parfaite est-ce que ça existe ? Je n’en ai encore jamais connu mais celle-ci y ressemblait vraiment, enfin presque, voici quelques moments dans la peau du dossard 22 des Templiers, un gars qui voulait vraiment la couronne de Lauriers :

Il est 5h, Millau s’éveillera bientôt sur la musique d’Améno, encore quelques lignes droites sur la portion de route qui nous emmènera vers Carbassas et le Causse Noir. Je suis bien couvert avec mes  vêtements flambants neufs RONHILL, essayés la veille. Après une discussion le soir avec Eric à la cafétéria j’opte pour 3 couches, un dessous thermique manche longues, mon tee-shirt  s/s zip trail et la veste MicroLight que je garderai jusqu’à l’arrivée. La situation impose de se couvrir, fort vent du nord, givre sur le Causse, températures de -5° à -8° ressenties, un sol gelé du début à la fin ! 5h15 et c’est parti, le tempo me paraît plus raisonnable que l’an dernier, les premières sensations sont correctes mais il est difficile de se faire réellement une opinion avant le sommet de la première bosse. Ca grimpe bien au-dessus de Carbassas, alternance marche course, surtout course lente, je suis avec le groupe de tête, c’est bon. Au sommet de la bosse je peux dire que tout va bien, il y a là Pierre Laurent Viguier et Julien Rancon, je suis tranquille et heureusement quand même ! Je me dis qu’à priori la matinée ne devrait pas être trop « galère »…

La course prend un rythme assez soutenu sur le Causse sous l’impulsion de Pierre-Laurent, souvent en tête de peloton. J’essaie de rester dans les premières places, je ne veux pas trop m’exposer dans le paquet avec la nuit et des appuis pas toujours évidents. La course ne se gagnera pas ici mais elle peut très bien se perdre dès les premiers kilomètres par inattention. Au bout d’une petite heure de course le doute s’installe et j’ai la douloureuse sensation de revivre ma course 2010, j’ai mal au ventre et l’arrêt va s’imposer d’ici peu de temps. Nous sommes très nombreux, le rythme plus lent, je m’arrête une fois, recolle, une deuxième fois, recolle et enfin une troisième fois pour un stop pipi, décidemment même les jours de bonnes jambes c’est le bide qui fait des siennes. Je suis agréablement surpris de voir Alex Daum mon camarade de Terre de Running qui est encore bien placé, lui qui voulait faire une course sage, il doit être bien et tant mieux pour notre Team.

Il me laisse passer mais je trépigne un peu en queue de peloton, nous sommes dans les singles de la descente sur Peyreleau et je vais laisser filer la tête car il est très difficile de doubler ici sans s’exposer et perdre beaucoup d’énergie qui sera utile plus tard. Je patiente donc mais le ventre ne va pas bien mieux, j’espère une accalmie dans la montée qui fera suite au ravitaillement. Au ravitaillement je ne suis pas très « causant », je signale à Virgie que j’ai des maux de ventre sans m’étendre davantage. Ma volonté, rejoindre les premiers dans une montée roulante que j’ai déjà effectuée deux fois en reco. Le sentier est étroit mais très vite je tombe sur une file franco britanico espagno italienne… bref cosmopolite !

C’est le bon wagon ; emmenés par la loco Andy Symonds il y a entre autres Tom Owens, Patrick Bringer, Sylvain Court, Manu Gault, Manu David, Flavio Dapit, Fabien Chartoire, Maxime Durand et devant moi Miguel Héras. Je suis surpris de ne pas avoir été si distancé que ça et compte les éléments manquants et sans doute devant : Yann Curien, Pierre-Laurent Viguier, Julien Rancon, Thierry Breuil et pour moi Nicolas Martin que j’ignorais avoir doublé au ravitaillement. Je suis tout heureux de me retrouver à pareille fête d’autant plus que mon ventre me laisse un peu tranquille et que j’ai l’impression de buter sur les talons de Miguel. J’en profite pour bien m’alimenter car je n’ai pas fait le job correctement dans la première partie de peur de m’arrêter encore et encore… Aussi je ne connais pas les écarts mais il n’y a pas de raison de m’affoler, la dernière partie sera largement décisive.

Nous sommes groupés à la sortie de la bosse et c’est Manu David qui portera une accélération au rocher du May cinq kilomètres environ avant Saint André de Vézines. Je veux suivre à distance raisonnable, je croise Arnaud (Manager 1…) qui m’encourage, je lui glisse, pour le rassurer, que c’était le ventre et que les jambes vont bien. Au ravitaillement on m’annonce 1’30 de retard sur Julien, rien de grave et je suis heureux de voir revenir avec moi Patrick qui tenait également à bien figurer ici, à deux ça sera plus facile de faire l’effort. Dans la descente qui suit j’ai de nouveau du monde aux fesses et creuse un nouvel écart à la faveur de la montée vers Roques Altes. C’est Thierry que je rattrape en premier, je sais que sa saison a été difficile, j’espère qu’il va terminer. Sur le plateau au-dessus de la Roque j’aperçois 3 gars devant et identifie Yann, je ne veux plus me retourner et ne regarde que devant mais dans une descente technique j’entends le pas d’un coureur derrière moi et je devine de qui il s’agit : Andy me dit « pardon », je le laisse passer bien volontiers et m’accroche raisonnablement à sa foulée. Sur le plat suivant qui nous emmène au-dessus de la Roque Sainte Marguerite aucune place à la récupération, ça court très vite et je reste à 30m de Yann sans me mettre dans le rouge. Miguel revient sur moi et nous doublons Yann dans la descente de la Roque, Andy juste devant et Manu David en vue, je suis bien entouré…

Fin de montée sur Pierrefiche, je me retrouve avec Miguel, nous avons distancé Andy dans la bosse, rattrapé Pierre-Laurent, je sais que la suite est roulante et descendante, ma volonté, montrer à mon adversaire que je resterai au contact. Le ravitaillement se déroule bien, longer la corniche au-dessus de la Dourbie me paraît interminable, je reste continuellement à 50m environ de Miguel. La descente du Pompidou est un vrai bonheur, ludique, technique, variée, je prends beaucoup de plaisir et me remémore la reco avec les copains du Team, nous avions adoré ce passage… La fin est plus roulante, j’ai perdu de vue Miguel et fait le forcing pour me rapprocher, je sais qu’il est excellent en descente, je sais aussi qu’aujourd’hui je suis meilleur dans les côtes et je compte bien porter une attaque dans la nouvelle montée, courte, raide mais courable en face du Monna. Je recolle petit à petit sur le plat précédant la côte, et fait le joint juste avant de recommencer à grimper. Un gars nous annonce alors 2’10 de retard sur Julien, je fais mes projections et m’attends à 3’ en arrivant sur Massebiau !

J’attaque comme prévu… enfin j’ai l’impression, ça ne doit pas aller bien vite, ça n’est pas très franc mais on est tous les deux en fin de course des Templiers et ça peut suffire !!! Il faut en tout cas montrer que je suis présent. A Massebiau Miguel a recollé dans la descente, Arnaud m’annonce 1’ sur Julien, j’apprends également que nous disputons avec Miguel la deuxième place et du coup maintenant la première ; combler 1’10 sur Julien en peu de temps, il ne doit pas aller bien, je pense que nous le reprendrons bientôt.

Depuis quelques minutes j’ai l’impression de disputer une nouvelle course, fini les accessits, la deuxième, la troisième place… je ne veux plus que gagner, ma détermination est sans faille, me retourner jamais, je veux apercevoir Julien, le doubler puis ne plus voir personne devant, je finirai sur les genoux s’il le faut mais aujourd’hui je gagne ! Cette côte qui monte au Cade mes jambes la connaissent par cœur, quatre montées sous la pluie fin Septembre, je sais les chronos, les inclinaisons, les moments de marche, les zones de relances, les branches auxquelles m’accrocher pour m’aider. Milieu d’ascension Julien est en vue, fin de la côte je le double, c’était mon favori et je suis maintenant devant, en tête de la Grande Course des Templiers.

Au ravitaillement du Cade mes suiveurs sont comme des fous, je savais que j’allais leur faire plaisir en débouchant en tête, Arnaud m’attend juste avant le ravito, Stéphanie Duc et Virgie qui me donnent à boire, m’encouragent, elles ont assuré à fond jusqu’à présent et je ne dois pas les décevoir. A la sortie du ravitaillement Virgie me rappelle que j’avais annoncé que l’Homme en tête des Templiers au Cade gagnerait la course !!! « Tu m’avais dit que celui qui passerait devant ici ne se ferait jamais rattrapé, aller, aller…». Je m’interdis de penser que je vais gagner, je sais que l’an dernier, sur le même parcours j’avais couru encore 52’, le chemin est encore long et semé d’embuches… Je relance, les jambes sont dures, je souffre et ne serre pas les dents pour mieux respirer ! La descente du pierrier est pénible et avant d’entamer la dernière montée aux antennes Eric Legat, présent sur tout le parcours avec Arnaud m’annonce que j’avais 1’30 au Cade sur Julien et Miguel. Je suis rassuré par cet écart et touché par les paroles qu’il m’adresse alors, un message de fierté et de sympathie pour ce que je suis entrain de réaliser. Je ne sais pas pourquoi je vois alors le visage tout souriant de Gilles Guichard lors de sa victoire sur cette course avec sa couronne de Lauriers autour du coup, mon rêve prend forme, normalement c’est moi qui devrait rire aujourd’hui !

Pas le temps de rêver sur les Templiers, du concret, que du concret avec mon Eric qui voit mon poursuivant et m’annonce 1’30. C’est le moment rando de la course et en rando je ne compte pas me laisser rattraper, ça sent bon…La descente sur Millau est menée avec énormément de concentration et encore du plaisir dans ces zones techniques ; en survitesse je manque de me retrouver dans les buissons après la traversée de la route mais ça passe et plus que quelques hectomètres me séparent de la ligne finale. Pour la première fois depuis Massebiau je me retourne dans une épingle dégagée au-dessus de l’arrivée, personne derrière, « je vais gagner ». Virgie vient m’embrasser avant la ligne, elle mérite aussi la victoire pour sa présence au quotidien et sur les courses. Je prends le temps de saluer la foule, Odile me donne les Lauriers, c’est l’arche des Templiers, les photographes m’attendent, je lève enfin les bras après 6h10 d’une course presque parfaite, inoubliable, le bonheur et l’émotion m’envahissent, je suis allé au bout de mes forces et de la souffrance, vécu en quelques heures des moments inoubliables et pris un plaisir immense sur le parcours. En plus je vois que mon bonheur est partagé par ceux qui m’entourent et qui ont vécu la course intensément.

Prendre du plaisir dans la performance et la compétition, repousser ses limites toujours plus loin et s’apercevoir que finalement ce qui paraissait impossible peut devenir réalisable avec du travail et de la volonté, c’est l’idée que je me fais de la pratique du trail, un sport sain fait de défis à relever. « La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline » disait JFK. Je souhaite effectivement profiter de ce succès pour remercier et associer à ma victoire toutes celles et ceux qui m’aident et me soutiennent dans ma pratique quotidienne de la course à pieds. Ma femme et mes enfants qui sont en première ligne chaque jour et supportent ma vie active… Mes parents et mes proches qui ont en moi une grande confiance. Mes partenaires, en tête Arnaud et Patrick de Terre de Running qui m’ont donné leur confiance très tôt et pour qui j’ai beaucoup d’affection. Avec eux l’ensemble de mes sponsors, Ronhill, Sigvaris, Mizuno, Punch Power, Led Lendser, Akileïne, x-Socks, Julbo, Raid Light, Adda. David Faure, mon kiné ostéo, autant conseillé que thérapeute, qui m’accompagne toute l’année. Mes partenaires de Team et d’entrainement, mon club du Décines Meyzieu Athlétisme. Mes adversaires qui, tenaces et compétents, rendent les victoires plus belles et les défaites plus faciles à digérer. Les organisateurs de courses qui nous font partager leur passion des belles lignes de sentiers et nous font découvrir les plus beaux sites naturels de France. Tous les amis, la famille, les copains qui m’encouragent et pour qui je ne suis pas toujours présent ou disponible. Enfin, vous les coureurs anonymes du peloton, les amis de la toile qui me suivent régulièrement, à tous je vous souhaite plein de bonnes choses et surtout d’arriver à relever les défis qui vous tiennent à cœur, sur les chemins ou ailleurs.

 




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