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   Mon GRR par Antoine Guillon
14/11/2013

Vous connaissez le coureur d'ultra, retrouvez le réçit d'Antoine sur le Grand Raid de la Réunion !

Diagonale de Fous 2013

Pour ma septième participation, l’envie était toujours identique, avec un nouveau début de parcours pour pimenter la sauce réunionnaise, une ambiance exceptionnelle à Saint Pierre, et la présence de nombreux amis avec qui partager la folle aventure.

Dès mon arrivée à l’aéroport je suis plongé dans l’évènement, c’est écrit sur la voiture de location en toutes lettres : « Team Bruni en partenariat avec Antoine Guillon sur le Grand Raid ». Pour louer un véhicule chez un passionné de la Diagonale, finisher lui-même, c’est là qu’il faut aller, chez Anthony. D’ailleurs, devant l’hôtel, les Team Bruni formaient un bel alignement !

Une petite reco avec Pascal BLANC nous permet à Renaud ROUANET et moi de découvrir la section Domaine Vidot- Notre Dame de la Paix, pas si paisible entre la fourbe montée et la belle ravine glissante. Ha comme ça démange les pattounes à une semaine de l’épreuve…Mais il faut tenir bon et ne pas se griller, donc, laisser les Rapanui au placard encore quelques jours. Ce sera d’ailleurs mon baptême Hoka, après 400 km d’essais concluants.

Le grand départ arrive enfin, dans un espace très agréable qui nous change franchement de Saint Philippe, facile d’accès, pratique pour se garer, large pour étirer le peloton. Un petit couac sono perturbe un peu notre placement sous l’arche de départ, mais tout rentre dans l’ordre et je peux savourer les dernières minutes en compagnie d’une belle troupe de coureurs élites. Le grand François D’HAENE domine d’une tête la première rangée qui semble sortie d’un moule à trailers. Les photographes tournent comme des papillons de nuit autour du lampadaire Kilian JORNET.

Ludo COLLET lance le décompte et c’est parti ! Comme toujours je m’extrais le plus rapidement possible de la masse en mouvement pour ne pas être piétiné, et comme jamais, la foule nous offre un départ fantastique, une véritable haie hurlante qui s’étale cette année sur plus de trois kilomètres. Le Grand Raid lé la, le Grand Raid lé partout dirais-je, c’est fou !

Le littoral est vite avalé, puis la pente s’élève doucement en direction des champs de canne. Ce départ est usant, car maintenir un rythme sur un pourcentage moyen ne laisse aucun temps de récupération. Un petit groupe de dix coureurs se forme autour de moi, nous remontons régulièrement sur les trailers partis vite, et c’est en 1h21’ que nous atteignons le Domaine Vidot situé à 15 km. Je reconnais la section suivante, qui présente quelques passages techniques bienvenus pour changer de type de progression. Je pense déjà à l’après Cilaos, je ne m’emballe pas. Le chemin s’élargit à nouveau sur de longs kilomètres, c’est monotone, je suis en mode automatique. Malgré tout, je m’approche de Piton Textor. Nous discutons pas mal, le groupe restant soudé, avec entre autres Renaud ROUANET, Quentin STÉPHAN, Sylvain COUCHAUD, Sébastien BUFFARD et Benoît GIRONDEL. Au bénéfice de quelques portions techniques, nous rattrapons Nathalie MAUCLAIR, mais dès que nous foulons de nouveau la route elle s’éloigne gentiment, quelle rapidité en début de parcours !

Depuis le départ, 5h quand je pointe à Piton Textor, mes pulsations sont au max raisonnable, 85% de la FCMax, à cause du profil, mais je ne m’en tire pas si mal, rassuré par les 130 km tarabiscotés qui m’attendent. Je perds un peu de temps dans le changement de mes piles de frontale, mais je souhaite y voir clair pour allonger la foulée dans la descente menant à Mare à Boue. J’aime ce secteur joueur, où il est recommandé de bien ajuster sa pose de pied dans les cailloux et dévaler la pente douce en se méfiant des pièges, rondins ou dévers glissants. Je recolle au groupe, ou plutôt aux morceaux de groupe car des écarts se forment, prémices d’un futur éclatement.

J’apprécie le confort des Rapanui, leur amorti impeccable, leur dynamisme. Je sens que je préserve mes fibres musculaires. Je fais justement équipe avec Pascal BLANC et Renaud ROUANET, Expé Run-Hoka étant notre nom, et ça s’annonce plutôt bien.

Maintenant, j’ai hâte de descendre sur Cilaos pour découvrir la paroi entre Kervéguen et Mare à Joseph. Renaud et moi arrivons à Mare à Boue où Anne nous ravitaille efficacement, boisson Effinov, petit sandwich, de quoi partir à l’assaut du sentier montant de Kervéguen qui longe sur notre gauche, sans qu’on le voie, un grand précipice. 50 km, 6h09 c’est bien, et pourtant le trio de tête est déjà à 45’.

Mes pulses ont baissé, je peux manger et boire convenablement en prévision des efforts à suivre. Je mène une bonne allure dans les rochers de ce petit sentier, relançant au petit trot dès que la pente me le permet. L’aube qui pointait laisse enfin la place au soleil qui nous offre un spectacle fabuleux en inondant de feux lumineux la végétation environnante. Des étages incandescents se forment dans les arbustes tandis qu’une douce chaleur frappe mon dos et dégourdit mes doigts. Pourtant, pendant encore quelques minutes, je vais fréquemment écraser des cristaux de glace, preuve éclatante du froid nocturne, et assurément je devrai bientôt m’adapter aux 35° du Taïbit. C’est aussi ça le Grand Raid !

Les frères CAMUS arrivent à ma hauteur, belle gestion de course visiblement, tandis que Nathalie MAUCLAIR vient de nous céder sa place. Elle gardera sa première position féminine, formidable réussite après son titre de Championne du Monde de trail et sa récente victoire sur la TDS™.

A 2 300m d’altitude, c’est enfin la bascule sur Cilaos. Quelle île incroyable, où roches et végétaux fusionnent à ce point que je les soupçonne de comploter pour ne laisser à l’Homme qu’un misérable passage pour en visiter les plus beaux espaces. Ici, il se dégage une force brute, palpable, que je respire à plein nez à mesure que je m’enfonce dans l’abysse, je m’en nourris. Le curseur plaisir est à fond, je bondis dans les lacets serrés, faisant corps avec les obstacles. Quelle belle descente, parfois bien raide, 800m- en 2 km, aménagée d’échelles métalliques. Je l’imaginais plus terrible, d’après les échos. Renaud et moi la comparons à nos entraînements dans le Caroux, si bien que nous nous sentons en terrain connu et en venons à bout rapidement. Nous avons creusé l’écart, le Grand Raid commence !

Ravito sérieux à Cilaos, cette étape marque le début de ma véritable remontée, du moins c’est le plan. Je souhaite d’abord entrer dans le top 5 pour consolider mon objectif de 10 tops 5 sur cette épreuve, ça m’en ferait 7, puis donner le maximum pour grignoter encore quelques places. Je suis pour l’instant 7ème, excellent, mais devant les gars ne chôment pas.

Pour une fois, il ne fait pas trop chaud entre Bras Rouge et le pied du Taïbit. J’avale cette section, succession de ravines sur monotrace poussiéreuse, en 1h05’, mon record. L’accueil est toujours très chaleureux à l’entrée du sentier du Taïbit. La Réunion lé la ! Je suis encouragé pour remonter sur la tête de course, et je promets de tout donner pour cela.

Seul sur la trace boisée de ce vieux passage vers Mafate, je maintiens un tempo soutenu en profitant d’une température raisonnable. Ça grimpe pas mal par endroit, cependant il y a de fréquentes portions qui autorisent la relance. C’est assez éprouvant, mais la motivation est décuplée, je suis à présent 6ème. La courbe de niveau se calme enfin, annonçant le col tout proche. C’est à ce moment que j’aperçois derrière moi les frères CAMUS, quelle remontée ! J’avais partagé de bonnes sorties avec Sébastien au stage des Saisies en juillet. Nous nous étions sortis les tripes dans les cols alpins, il avait d’ailleurs le dernier mot, pas loin certes, mais devant moi quand même, un sacré coureur. Ils m’auraient dépassé si la côte s’était prolongée, mais la descente sur Marla m’offre l’avantage. Me voilà encore seul, m’imbibant des lieux, sur les traces des ancêtres qui ont donné une âme à ce cirque si impressionnant.

Etape rapide à Marla, le Col des Bœufs m’ouvre les bras, ça file. La saison exceptionnellement sèche facilite le déplacement entre les rondins qui garantissent normalement un passage à gué dans ce secteur bourbeux. Les herbes et les buissons marient leurs couleurs du jaune aux verts les plus variés. C’est à ce moment qu’un hélicoptère se positionne au-dessus du chemin pour filmer mon avancée. Face à moi, il soulève poussière et brindilles, ce n’est pas évident de garder une vue correcte tout en cavalant. Le gros bourdon s’entête, j’imagine que d’en haut il peut apercevoir les coureurs qui me précèdent. J’espère m’en approcher à force de maintenir ce bon rythme.

Sur le sentier Scout je profite du rebond des Hoka pour me laisser entraîner, c’est grisant. Je me retrouve rapidement à Ilet à Bourse où j’apprends que les deux réunionnais Freddy THEVENIN et Didier MUSSARD ne sont plus qu’à 23 minutes tandis que Kilian décroche complètement. Malheureusement, il n’y a pas grand-chose à manger ici, pas de salé, mince, cela ne m’arrange pas, j’aurais dû avoir sur moi un sandwich de secours.

Je continue sur ma lancée, je dois pouvoir rattraper les coureurs d’ici quelques heures. Le ciel nuageux maintient une relative douceur. L’an passé, ce coin était une vraie fournaise. Grand Place les Bas, puis Grand Place les Hauts, ravito identique ! Cette fois je suis inquiet, voilà qui devient problématique, ça ne va pas le faire, trop de sucré dans mon organisme risque de me détraquer.

Et ça ne loupe pas, entre Roche Ancrée et Roche Plate, après avoir doublé Kilian dérangé par une tendinite, je sens que la boisson ne me désaltère plus vraiment. Selon le vieil adage, quand il y a doute, il n’y a pas de doute. Je teste en avalant trois bonnes gorgées d’un coup, et comme je m’y attendais, je ne ressens aucun apaisement de la soif. Avant la cata je m’arrête et me fais vomir aussitôt, ouf ! En quelques secondes je me sens mieux, libéré. Je reprends la course, mais je dois vite corriger le tir. Je garde un peu de boisson Effinov en bouche avant de l’avaler. Je répète plusieurs fois l’opération, espacée de cinq minutes, mon estomac paraît fonctionner de nouveau. Je l’ai échappé belle, mais ça ne solutionne pas le problème du taux de sucre.

La longue montée sur Roche Plate impressionne, elle requiert de la patience, surtout quand on connaît la suite jusqu’au Maïdo ! 1 700m+ depuis Roche Ancrée. Ça calme, mais de toute façon je suis calmé par la crainte d’une hypoglycémie suite à mon petit désagrément. J’ai ralenti légèrement. Ce n’est pas du temps perdu, car l’économie d’énergie momentanée me sera utile en fin de course, je reste positif.

Quel plaisir d’arriver à Roche Plate ! Je suis heureux de m’en tirer à si bon compte. J’y trouve Anne-Marie NEDELLEC qui me ravitaille chaque année sur le GRR. Elle connaît bien les besoins des sportifs. Je bois deux soupes enrichies de vermicelle, mange de la banane, et remplis une des deux bouteilles de coca. Finalement, je suis tout proche de mes amis réunionnais, 15 petites minutes.

J’ai bien la pêche jusqu’à la Brèche, le salé m’a fait grand bien. J’assimile les boissons et la banane, mais quand la pente s’élève fortement, je me trouve un petit manque d’énergie, allons bon ! Que se passe-t-il encore ! Je ne tarde pas à le savoir lorsque des contractions m’annoncent un début de diarrhée. Cela n’a rien d’étonnant, c’est la conséquence du trop sucré dans les intestins, vidange gastrique à présent. Je perds à plusieurs reprises quelques minutes. Je compense la perte hydrique en buvant par intermittence, et je me couvre le ventre avec la Gore Tex. Ça va, je vais m’en sortir, et je pense à tout ce que je vais manger au sommet quand je retrouverai Anne. Je sais que j’en repartirai au top ! Je ne vais pas vite pour éviter le déclenchement de crampes, on ne sait jamais, et comme je n’avale plus grand-chose, je risque aussi la panne, ce n’est pas grave, le but est d’atteindre le sommet. Devant, les trailers doivent prendre la poudre d’escampette, mais il restera encore plus de 50 km en haut pour recoller.

Enfin j’y suis, le comité d’accueil est top, comment s’apitoyer sur son sort ? Il n’y a qu’à faire honneur à tous ces supporters. Tous à la Redoute !

Anne m’attend avec tout un tas de victuailles et mes affaires de rechange. Je m’assois dans l’herbe, et après un point rapide sur ma situation, Anne me donne des graines de chia pour stabiliser l’estomac, de la soupe avec beaucoup de vermicelle pour retrouver des minéraux et de l’énergie, du coca pur pour l’énergie immédiatement disponible sans crainte d’un trop plein de sucres grâce au tampon de tout le salé que j’avale à côté, de la banane, un sandwich au jambon et du green magma. Le tout sans précipitation. Je positionne la lampe frontale sur ma tête et je me relève avec un bon sourire, ça va envoyer à présent. Je m’informe des écarts, je suis à nouveau opérationnel, et je m’en rends compte dès les premiers mètres.

Le chemin du bord est d’une richesse botanique incroyable, je passe sous la frondaison d’immenses tamarins pliés autant par le poids des ans que par les éléments qui ont pu se déchaîner à cette altitude. L’histoire de cette île se lit aussi sur ces témoins du passé, dont les racines gourmandes me font encore sauter en tous sens et jouer avec mon équilibre. J’aime ce contact, j’en oublie mes récents désagréments, mieux, je me reconstitue, et à la sortie de cette forêt, lorsque je distingue l’océan qui lèche la côte, j’ai retrouvé toutes mes capacités. Je cours avec deux Réunionnais qui s’entraînent sur le sentier, je dépasse parfois 13 km/h, c’est encourageant. J’ai la surprise de rejoindre Didier MUSSARD, il souffre d’un genou. Je marche avec lui trente secondes pour échanger quelques mots de compassion, de félicitation et d’admiration, puis j’endosse le rôle de 4ème raider.

La nuit m’enveloppe avant que je ne débouche à Sans Souci. Pour y être présente, Anne a pu être aidée par l’équipe EDF qui l’a conduite sur la piste forestière des Tamarins, un grand merci à eux ! Je prends une bonne dose de soupe et de chacun des aliments pris au Maïdo. Je ne retrouverai Anne qu’au chemin Ratineau. Direction Savanah-Halte Là, une portion un peu ennuyante lorsqu’il s’agit de longer la rivière des Galets. De nouveaux Réunionnais se joignent à moi pour m’escorter jusqu’au Stade de la base vie de Savanah. Nous discutons, ils suivent avec passion tous les premiers sur plusieurs kilomètres, quel évènement !

J’ai une sacrée forme maintenant, le bénéfice d’une alimentation ciblée et de n’avoir pas douté que l’énergie circulerait à nouveau. Et je ne suis pas au bout de mes surprises…

Me voici à Halte Là, juste le temps de m’avaler une soupe tandis que deux bénévoles m’aident au  remplissage des bouteilles. Soudain, un trailer fait irruption plein gaz dans le ravitaillement ; je reconnais mon ami David PASQUIO, je n’en reviens pas ! Il ne s’attarde pas et repart quelques secondes avant moi, il a le diable aux trousses ma parole. Je lui emboîte le pas. Les encouragements que nous recevons sont affolants, ça sent l’écurie à les entendre, elle est pourtant loin, 34 bornes, et le rythme qu’imprime David est celui que j’adopterais pour les deux derniers kilomètres ! 

Pas le choix, je dois l’accrocher, d’autant qu’il m’annonce que derrière, deux coureurs reviennent sur lui. Là je n’y comprends plus rien ! Comment est-ce possible ? Ça ne m’était encore jamais arrivé d’être rejoint sur le GRR après la mi course. Ça remettrait en question mon objectif top 5, pas question !

Le début d’une folle cavalcade est engagé. David sort d’un passage à vide, et de quelle manière ! Comme c’est à peu près pareil pour moi, nous sommes dans les mêmes dispositions, autant dire que ça va filer !

C’est incroyable, nous courons les côtes, dévalons les descentes, en nous relayant pour ne pas perdre la cadence et l’envie. Nous nous connaissons bien pour avoir séjourné ensemble une semaine au Vacoa en 2012. Il fait parler sa vitesse, je me cale dans la sienne, et j’ouvre la voie quand nous sommes dans le technique. En un rien de temps nous rejoignons Anne au chemin Ratineau, où elle peut aussi s’enquérir de sa santé pour lui filer un coup de main au prochain arrêt. Nous attaquons la montée de la Kaala, Anne attend encore au ravito pour connaître l’écart avec notre premier poursuivant. Devant nous, Pascal se trouve à 57’, tout est possible.

J’ai mes repères dans cette forêt encombrée de cailloux. La où je marchais les autres années, nous courons à bonnes enjambées, je me demande si le corps va tenir le coup. Comme quoi, le mental est un facteur de la performance très important.

D’être à deux permet de ne pas trop cogiter sur le tracé, le balisage étant moyen sur cette portion, nous avançons, point. La Possession est face à nous, un cycliste nous accompagne sur le dernier km avant le poste de ravitaillement. Anne nous a préparé deux belles tasses de soupe pleines de vermicelle, et en quelques gestes nous sommes ravitaillés, prêts à repartir. Pascal n’est plus qu’à 47’ c’est encore jouable, nous avons sorti les crocs, les griffes, et nous courons à 14  km/h le kilomètre de route menant au chemin des Anglais. Cette vitesse m’inquiète un peu, mais bon, il faut que je m’habitue à l’idée que c’est possible, c’est tout. On ne se préoccupe plus de ce qui se passe derrière nous.

Je compte les bosses, il y en a quatre, nous trottinons quelques parties ascendantes, toujours le même tempo, mes pulses sont à environ 155, soit 83% de mon max après 23h de course !

En 1h01 nous atteignons Grande Chaloupe, nous nous rapprochons encore de Pascal et Freddy, 34’ et 38’, leur avance fond, et c’est reparti, cette fois pour le dernier round. Nous sommes un peu moins incisifs dans la première partie de la montée, sur les dalles de lave qui composent le large chemin menant à Saint Bernard. A l’approche de la ville, nous réimprimons un rythme fort, courant tout. Un quad nous attend pour nous escorter dans les rues, il est surpris de la vitesse et nous indique que ceux de devant peinent, à part  François qui est arrivé depuis plus d’une heure trente ! Quelle incroyable performance il vient de réaliser, sans doute la plus extraordinaire de l’histoire du GRR masculin, chapeau Monsieur D’HAENE.

Sortis des faubourgs, nous regagnons les sentiers, sur une terre ocre, qui vont nous conduire à Colorado. David se sent soudain fébrile, je lui donne une compote, pas le top énergétique mais c’est la dèche, on a tout bouffé pour alimenter les chaudières. Je ne suis pas au mieux non plus, on en rigole, nous sommes fous, mais heureux de la tournure des évènements. Petit contrôle inopiné, un coup de poinçon sur le dossard et je regarde sur la fiche du bénévole l’écart avec Pascal, 17’30’’, ça va être juste, surtout que nous sommes à deux doigts de l’hypo, mais quelle remontée de fous ! On file pourtant jusqu’à Colorado où nous sommes contraints de manger convenablement.

Je connais mon ami Pascal. Avec son mental d’acier à faire pâlir un fakir croisé avec un moine tibétain, il ne fléchira pas, quitte à ramper plus vite qu’un mamba noir, c’est fichu, je le sais intérieurement, mais nous allons jouer le jeu jusqu’au bout, pour le sport et pour tous ceux qui nous suivent avec passion derrière leur ordinateur à plusieurs milliers de km d’ici.

 

Nous ne faiblissons pas, la prise de risques est même élevée dans la descente du Colorado, ce qui me vaut un bel écart de trajectoire, direct dans les buissons et un autre saut de cabri où je tombe à moitié sur David et à moitié suspendu dans un arbre ! Les lumières du stade nous indiquent la fin toute proche, et pas la moindre silhouette de Pascal en vue. Enfin nous sommes sur la route, il ne reste que 500m, nous relançons encore, quel finish ! L’entrée dans le stade est toujours un moment fort, la délivrance, l’aboutissement, la fin d’une aventure que l’on aimerait tant prolonger pourtant !

C’est main dans la main que nous saluons la foule et franchissons la ligne d’arrivée en 25h58’, 4ème ex-æquo, fantastique !  Pascal a résisté pour 11 minutes. Je suis heureux de tenir mon pari, heureux de partager ce moment avec David, et heureux pour Pascal. Qu’aurais-je réellement fait si nous l’avions rejoint ?

Je le remercie donc chaleureusement de s’être accroché si admirablement sur la fin pour ne pas m’infliger un cas de conscience compliqué.

C’est aussi une joie de savoir Freddy 2ème, après toutes ses tentatives osées qui ne lui avaient jusqu’alors jamais souri, la Réunion peut être fière de son dalon.

C’était un sacré Grand Raid, et je pense déjà au prochain avec un grand désir, Soyons Fous !

Les cotations et résultats du Grand Raid

La fiche d'Antoine URW

Photos : JL Alvergnas, Flashsport, Imazpress.




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