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23/12/2014

La Grande Traversée Sud de France

Le temps s'accélère. Je suis V3. Il n'y a qu'exceptionnellement des V4 sur les épreuves sportives. Pourtant je me sens dans une excellente condition physique. Bien sûr, ma vitesse décroit. En course à pied, sur le plat, j'ai calculé que je perdais en moyenne 100m sur une heure chaque année. Je me redis qu'il faut que je profite au maximum de l'avantage que j'ai de pouvoir être présent dans ces lieux magiques que la nature nous offre; de courir ou marcher pendant des heures et des heures en pleine montagne; de franchir des sommets au dessus de 2 000m; de dévaler des sentiers où je tiens miraculeusement debout lorsque je suis en confiance; de parcourir une crête avec la montagne parfois encore enneigée à perte de vue; de sauter de rochers en rochers pour traverser des torrents...

Le temps s'accélère. Je suis V3, mais je suis tel un cadet à préparer pendant 2 heures mes différents sacs; à m'entraîner toute l'année quasi quotidiennement. Je fais même plus de fractionné ces dernières années et je suis plus attentif à ces moindres détails qui font que je réussirai mieux. La technique, la diététique, les tenues, tout s'est amélioré. J'ai plusieurs paires de chaussures de courses différentes suivant les parcours. Les socquettes en coolmax sont parfaites après 4 à 5 lavages. Avant elles sont trop extensibles et peuvent plisser, entraînant des ampoules. Après, elles peuvent irriter. La pommade Xenofit constitue une 2ème peau qui évite tout échauffement sur de nombreuses parties du corps avec l'utilisation des sacs porte-boissons...

Le temps s'accélère. Je suis V3, mais je le maîtrise mieux sur les longues distances. Un ravitaillement insuffisant,un "coup de pompe" suit. Je sais que plus tard cela va revenir, que je serai mieux. Dans ce cas, il faut tenir, tenir tel un automate, même si la vitesse de déplacement paraît ridicule. La plupart des autres coureurs passent également par cette étape. Beaucoup abandonnent. Etre finisher c'est cette faculté de ne ne pas se décourager bien plus qu'une plus grande capacité physique.

Ce samedi 11 Octobre 2014, à 5h du matin, je suis parmi les 400 trailers qui s'élancent de Vernet les Bains pour atteindre Argeles sur Mer, 110km plus loin, à travers la partie orientale de la chaîne des Pyrénées. Beaucoup d'envie de ma part et la promesse que je me suis faite d'aller au bout de l'objectif. Un autre castelsarrasinois Serge LAFON est également de la fête mais il abandonnera en cours de chemin.

C'est, pour démarrer, un dénivelé de 1 500m sur 9km qui nous cueille à froid, puisque nous atteignons le refuge du Cortalet à 2 416m et à quelques encablures du majestueux Mont Canigou. Si ma montée est correcte, je suis tout de même un peu fatigué à ce 1er ravitaillement tellement l'effort a été important. La partie suivante, plus facile, permet de récupérer assez vite et ce sont surtout des guêpes agressives qui perturbent notre progression. Si je ne subit qu'une seule piqûre, certains trailers ont été bien visés, allant jusqu'à 6 agressions. Très bonne descente de ma part sur Arles sur Tech, lieu de la 1ère base de vie avec un ravitaillement un peu peu plus consistant et la présence de Marie-Josée. Toutefois dans les derniers kms une douleur se déclenche dans un mollet, séquelle d'une micro déchirure voici quelques semaines. Les prochaines descentes me trouveront plus prudents jusqu'à ce que l'utilisation de Boosters ne règle cet handicap. Arrêt de 50mn.

A la sortie d'Arles sur Tech, sur le GR10, c'est une montée directe et physique avec 700m positif vers le col de Paracolis. Le sommet est balayé par un vent fort qui contraste avec la chaleur ressentie plus bas. Après avoir évolué au cœur des forêts de frênes et de chênes lièges très ombragées le parcours remonte sur un nouveau dénivelé de 700m positif pour atteindre le col du Puis des Neiges à 1 250m. Je me sens très bien. Après avoir fait une excursion en Espagne, c'est une agréable rencontre avec un chaleureux client propriétaire d'un vélo Ferrus GX4 qui me complimente en me faisant part de sa satisfaction pour son acquisition. Il fait nuit depuis plus de 2h lorsque j'atteins la 2ème base de vie au Perthus aux environs de 22h en compagnie d'un groupe de 3 amis.

Le ravitaillement du Perthus s'avère malheureusement insuffisant par manque de vermicelles qui me contraint à me contenter de quelques pâtes rajoutées dans le bouillon. Ce serait pourtant le moment d'un bon repas après plus de 15h à progresser dans un tel environnement difficile. Résultat, malgré un arrêt d'une heure, peu de forces pour attaquer la montée de la chaîne des Albères. Je me fais décrocher par mes 2 compagnons du moment et baisse de régime au fur et à mesure. Le point d'orgue de cette mauvaise passe est au contrôle du col de l'Ouillat où ma tentative de reprendre du bouillon se solde par l'obligation de vomir tous les mélanges ingurgités auparavant. Moment désagréable. En même temps et alors que je suis au plus bas le vent redouble de violence obligeant les organisateurs à modifier le parcours pour atténuer le danger. Même si je demande à un des bénévoles si un rapatriement a été prévu, c'est en plein cœur de la nuit que je me joins à un groupe d'une dizaine de participants pour parcourir une piste interminable. Bravo aux organisateurs pour ce nouveau marquage express qui dénote leur bonne capacité d'adaptation. Je ne sais toutefois si c'est cette modification qui rallonge la distance totale à 120km.

A partir de cet endroit, je connais la suite du parcours pour l'avoir emprunté cette année à l'occasion du trail de la Massane où j'avais pris la 2ème place en V3. C'est une descente qu'un de mes jeunes accompagnateurs qualifie de "ouf" que nous effectuons avec beaucoup de prudence tellement tout pied posé sur un rocher en devers est synonyme de chute. La pierre étant glissante après quelques très brèves averses et la pente descend très fort pendant plus d'une heure. Heureusement mon nouvel investissement dans une lampe frontale Ferei de 600 lumens me permet d'y voir parfaitement.

Dernier ravitaillement à Lavall. Je me fais plaisir avec plusieurs verres de jus de pomme. Depuis que je me suis totalement vidé, je suis plutôt bien et curieusement j'ai très peu mangé sans que j'en sois pour l'instant affecté. Dernier col à gravir celui de l'Aranyo avec 300m + suivi par une descente très technique dans laquelle je constate mes très bonnes dispositions. Je double en effet déjà des participants, ce qui est assez rare car je me classe comme descendeur très moyen. La clarté du jour naissant réveille encore plus mes ardeurs. Déjà le château de Valmy, des vignes et la mer que j'aperçois. Je cours, je cours de plus en plus vite. Alors que nous sommes assez éloignés les uns des autres, je double une quinzaine de trailers jusqu'à la ligne d'arrivée. La quasi totalité marchent. Je suis persuadé en déduisant le temps d'arrêt du dernier ravitaillement que je dois réaliser un classement surprenant sur ces derniers km. Bon pour conserver les pieds sur terre, le 1er du scratch fait tout de même le dernier tronçon en un peu plus d'une heure contre mes 2h !!!

Sur la longue ligne droite qui longe le bord de mer je n'éprouve qu'un immense et incommensurable plaisir. Le temps ne s'accélère plus, il s'est arrêté. Magie du sport. Je ne suis pas que V3, même si mon 1er podium en ultra me comble en terminant 3ème sur 16 au départ et 159ème au scratch en 27h 37', je suis surtout le plus heureux des finishers.

Serge Dutouron




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