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   Face to Face Laurent Vicente
16/05/2015

Bonjour Laurent, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Je suis psychologue de formation, entraîneur de profession et coureur par passion. Ma spécialité est la course de montagne. La course de montagne est une spécialité différente du trail par son aspect privilégiant plus l'intensité brute et pure d'effort, en montée comme en descente, que la technicité, voire la dangerosité ou la rando-aventure de distances pouvant être plus grandes qu'on ne pouvait se l'imaginer. La course de montagne est une discipline très compétitive avec des championnats d'europe et du monde tous les ans depuis plus de 15ans. Je viens de la piste (2'28 au 1000m en salle) et de la route (31'07 sur 10km). J'aime la compétition pour la réelle recherche de ses propres limites qu'elle offre à tous. Limites propres qui se trouvent davantage dans l'intensité d'une épreuve que l'on finit par transcender à force de travail de précision et de désir de dépassement, que dans l'usure d'un effort qui ne touche que les limites d'un « jour J » de boulimie dans un « temps T » d'hyperactivité poussant à des objectifs rarement bien délimités. Maintenant, je me spécialise dans la course de montagne longue distance où j'ai fini 14ème aux championnats du monde à Colorado Spring (USA, août 2014). C'était la Pike Peaks Race, course uniquement en montée, 21.1 km avec 2400m de dénivelé positif, départ 1900m, arrivée 4300m d'altitude !
 
Comment es-tu venu à pratiquer la course à pieds ?
A l'âge de 15 ans, dans mon équipe de foot on m'appelait le marathonien. J'étais bien meilleur sans ballon qu'avec ballon et j'aimais plus courir après un ballon que courir avec un ballon. Un jour, j'ai décidé de courir un 10 km dans ma région. Cela a été le coup de foudre. J'ai aimé l'effort alors même que je n'avais de loin pas fait une course brillante : 43' pour un cadet, cela ne fait pas rêver beaucoup d'entraîneur de club. Avec le recul, je comprends maintenant que je n'ai jamais été un talentueux. En revanche, j'ai su considérer comme un talent ma capacité d'être doué de force de travail. Depuis cadet je l'ai même cultivée au point que ce travail maintenant commence à payer par de beaux fruits.

Que penses-tu des polémiques qu'il y a eu sur le trail lorsque le président de la FFA a fait allusion qu'il fallait taxer les traileurs ?
La fédé a toujours préféré les disciplines académiques d'athlétisme aux épreuves dites « Hors Stade ». Cette préférence à d'abord affecté leur jugement et nourri leur manque de vision au sujet de mouvements sportifs comme le marathon, puis la montagne et maintenant le trail. Leur manque de considération du Hors Stade leur a fait perdre la main mise sur l'engouement populaire, et surtout (pour eux) sur le potentiel marketing et commercial de cet engouement. Si actuellement le Hors Stade « perd de son âme » en « tombant » de plus en plus dans des « logiques commerciales », c'est justement par manque d'influence de la Fédé sur la réalité du marché de la course. La Fédé a marché alors que le monde court. L'épisode de l'annonce d'une taxation n'est que le symptôme d'une Fédé qui se réveille après des années de somnolence (si ce n'est de gueule de bois).
Je pense que la Fédé ne se remet pas assez en question et manque d'humilité ; tout le contraire de ce qui permet pourtant à un champion de progresser et gagner pour la représenter au plus haut niveau. La Fédé n'a pas pleinement répondu à ses missions de développement du sport et de santé publique par le sport. Les courses associatives sont voués à disparaître au profit d'organisations de plus en plus business. Le plaisir course et la passion course deviennent un marché comme un autre. Et la Fédé n'est plus à même de garantir que cette mutation puisse servir les intérêts de la course et des coureurs. Quand on sait que les institutions publiques travaillent avant tout pour elles-mêmes (c'est-à-dire qu'elles fonctionnent), la Fédé a-t-elle déjà réellement un jour défendu les athlètes et les coureurs ?


Tu es l'auteur de bandes dessinées sur la course à pied. Tu peux nous dire comment t'es venu cette idée et nous présenter les différentes Bd que tu as déjà publié ?
La course me fait vivre même si je n'en vis pas. La course est un sport de plus en plus amateur pour le coureur à pied alors même que le « marché du Running » est en plein expansion. Parvenir à courir au plus haut niveau me demande, moi le laborieux et non le talentueux, de m'entraîner 12 fois par semaine, 50 semaines par an, avec en moyenne 160 km hebdomadaire. Je dois donc travailler moins pour m'entraîner plus. Autrement dit, je dois prendre le risque de gagner moins d'argent pour m'entraîner de façon de plus en plus professionnelle. C'est de cela dont il s'agit quand je parle de « passion » course. Je ne parle pas de « comment intégrer de la course à pied dans ma vie sociale » mais de « comment intégrer une vie à nécessairement bonifier pour l'intégrer dans ma vie de coureur à pied ».
Après 11 années d'études universitaires pour continuer à courir, j'ai décidé de me lancer dans le métier d'entraîneur, et gagner de petites courses. C'est là où notamment la Fédé d'athlétisme n'a pas joué son rôle. Tous les acteurs d'une course pédestre en tirent profit, sauf les coureurs. Organisateurs, speakers, village départ/arrivée, sécurité, bénévoles, fanfares, cadeaux pour tous et cadeau podiums, ravitaillements..., tous tirent profit directement ou indirectement de bénéfices financiers. Les coureurs élites gagnent péniblement un panier garni quand ce n'est pas une Nème coupe à ne plus savoir qu'en faire et les coureurs du peloton un Nème T-shirt à ne plus savoir quel carreau de vitre nettoyer avec. C'est pour cela que j'ai créé la bande dessinée Coachapied. Une idée cadeau originale, aux couleurs de la passion course et de la pédagogie de l'entraînement ; une alternative (made in France) offerte à tous les organisateurs de partager une histoire au long court où l'on court. Déjà 4 tomes de la BD Coachapied sont parus. Les tomes 5 et 6 sont bons pour impression. 2 joggeurs, 2 compétiteurs et un athlète de haut niveau sont entraînés par un même entraîneur pour former à leur façon un groupe d'entraînement. Chaque tome de la BD Coachapied met en scène une dizaine d'histoires humoristiques où les personnages sont en situation de devoir concilier leur pratique de la course à pied avec leur vie de tous les jours.
Je partage également tous les jours des conseils et citations motivante pour les amateurs de courses à pied sur la page Facebook Coachapied. La course m'a tout donné. A moi de le lui rendre bien ;-)
 
Quel est ta semaine type d'entraînement ?
Voici une semaine type pour laquelle les chronos indiqués sont adaptés à l'altitude de la piste de Font Romeu (1850 m d'altitude) :
- Lundi matin : 50' = 10kms
- Lundi soir : 50' + 10x (35" en côte R30") + 12' = 16kms
- Mardi matin : 26' + 5000m en 17'30 R2', 5x400m en 1'10 R1'(200m trottés), R2'(400m trottés), 3000m en 10', R2'(400m trottés), 5x200m en 33" R30"(200m trottés) + 12' = 22kms
- Mardi soir : 50' = 10kms
- Mercredi matin 50' = 10kms
- Mercredi soir : 50' = 10kms
- Jeudi matin : 50' = 10km
- Jeudi soir : 50' + 6x (1' en côte R1') + 12' = 16kms
- Vendredi matin 50' + 10 000m en 36'40 R1'(200m trottés) + 10x300m en 54" R30" (100m trottée) + 12' = 28 km
- Vendredi soir : 50' = 10kms
- Samedi matin 50' = 10kms
- Samedi soir : 50' = 10kms
- Dimanche matin : Messe
- Dimanche soir : 50' = 10 kms
 
Quelle est ta séance favorite ?
La séance du vendredi matin. Le 10 000m de pré-fatigue permet de réveiller le corps en douceur. Ensuite, faire la VMA courte est un régal. Le corps est amené à la parfaite température pour ne pas subir la VMA, mais profiter de la vitesse tout en sentant que l'on pourrait aller plus vite mais la fatigue nous donne la sagesse de ne pas forcer davantage l'allure.

Si tu étais une montagne, tu serais laquelle et pourquoi ?
La Sainte Victoire. Je crois que ce n'est pas la peine de dire pourquoi ;-)
 
Si tu étais une course de Montagne, tu serais laquelle et pourquoi ?
La montée du Ventoux. C'est une course dure et longue que j'apprécie par-dessus tout. Le type d'effort, la distance, le temps de course, le panorama, le sommet lunaire, les conditions venteuses qui nous font oublier la chaleur... Bref, c'est le géant de Provence en somme !
 
Quels sont tes objectifs pour l'année 2015 ?
Je me prépare depuis plus de 6 mois pour les championnats du monde de course de montagne longue distance : le marathon de Zermatt (Suisse). 42.195 km avec un premier semi relativement plat et un deuxième avec 2400m de dénivelé positif. Deux effort en un qui demande d'être deux fois meilleur ;-) Un 3h05 d'effort pour rentrer dans le Top 10 mondial !

Si tu pouvais changer quelque chose, cela serait quoi ? Et pourquoi ?
Je pense que je suis en train de le faire, à ma manière, avec Coachapied. Je travaille à ce que les activités d'Athlète et d'Entraîneur puissent devenir un métier et être officiellement reconnu comme tel. S'entraîner est pour un Athlète un deuxième travail à plein temps qui commence là où l'envie de se reposer de sa journée s'impose pour()tant. La planification de l'entraînement est une science et nécessite tout un art pour pouvoir l'individualiser à un Athlète, surtout si cet Athlète cumul deux pleins temps ;-) Grâce à Coachapied je communique la passion course pour motiver les Athlètes à prendre les risques nécessaires pour professionnaliser leur entraînement ; et je témoigne d'une pédagogie course pour éveiller les consciences auprès du grand public comme quoi « un bon entraînement prend autant de temps qu'un mauvais. Alors bon entraînement à tous ! »

Ton plus grand regret ?
Dans ma vie, encore plus à l'heure actuelle, je n'ai jamais eu peur de prendre des risques, voire tous les risques, pour savoir jusqu'où il était possible d'aller « trop loin » pour se dépasser, grandir, et vivre pleinement sa vie avec la claire vision des choix à prendre et sacrifices à mener pour ne pas avoir de regrets.
J'ai fait des erreurs. Beaucoup d'erreurs même. Pour la plupart j'ai tenté de les intégrer dans ma vie de manière à rebondir. Je peux le dire, je n'ai jamais fait d'une erreur un échec. Mon plus grand regret aurait été de ne pas tenter d'aller chercher le meilleur de moi-même et vivre une vie d'Athlète en course à pied. Grâce à toutes ces années d'entraînement à avoir tenté d'être ce bonhomme qui voulait devenir le meilleur, Dieu merci, je commence à devenir meilleur... : un homme bon. A mes pairs, concurrents et coureurs d'en juger bien sûr  ;-)

Le plus mauvais souvenir de course à pied ?
Le pire de mes souvenirs est la 4ème place par équipe des championnats de France d'ékiden 2008, un marathon couru par 6 coureurs. J'étais le 1er relayeur de l'équipe de l'ACO FIRMINY, mon club à l'époque, club organisateur des championnats de France. J'avais décidé d'accepter de rendre service à l'équipe en ne faisant que le relais le plus court de 5 kms.
Je n'étais malheureusement pas du tout en forme compétitive. Je revenais de ma première et peut-être dernière (il ne faut jamais dire jamais) visite en Algérie. 15 jours, 15 morts. J'étais reçu chez un ami dans l'arrière pays algér-Rien, loin des alger-Rois de la capitale. Difficile de s'y entraîner sans l'escorte de jeunes acceptant de m'accompagner sous la demande d'adultes comme si de rien n'était... Des règlements de compte de « barbus musulmans extrémistes » qui en période de fin de Ramadan attaquaient « à l'aveugle de leur conception de dieu » des postes de police et des innocents pour y faire régner un régime de terreur. Mon séjour s'est écourté de peur de ses bruits qui courent dans le village quant à d'éventuelles représailles auprès de ma famille d'accueil face à la présence d'un européen non musulman...
Bref, 2 jours après mon retour en terre de France, j'ai fait le pire 5kms de ma vie. Et dès mon passage de témoin à mon coéquipier, la sensation d'avoir été 15'' seconde en dessous de tout n'a cessé de me ruminer tout le reste de la course. Le temps des 5 relais suivants, mes coéquipiers échouaient à 12'' de la 3ème place du podium... Un grand moment de solitude... Malgré l'enjeu, ni le club ni mes coéquipiers ne m'en ont jamais tenu rigueur, je les en remercierai jamais assez... Mais s'en est suivi une grosse période de remise en question. Qu'est-ce que la vie ? A quoi sert-il de courir ? Courir est-il ma religion ?

Le plus beau souvenir 2014 et pourquoi ?
Les championnats du monde aux Etats-Unis. Courir à plus de 4000m était une grande première pour moi. Plus qu'un pari, toute une aventure. Je suis arrivé 15 jours avant la course pour tenter une acclimatation express en 4 ascensions. Pour ma première ascension, à partir de 3000m, je ne pouvais que difficilement tenir l'allure marche active sur toute la 2ème moitié du parcours. Arriver au sommet de sa forme, après des années d'entraînement intensif pour "juste vouloir finir une course sans marcher"... une leçon d'humilité dans ma carrière d'athlète (surtout quand elle prend des tournures internationales) dont je me souviendrai longtemps... Au final, grâce à 4 sorties jusqu'au sommet, j'ai pu courir le jour J toute la course. Tous les entraînements consentis prennent sens et s'additionnent à la Joie d'avoir fini 14ème mondial, 6ème européen et 1er français.




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